Elsa @ Kaléi

Apr 6

Les RH soignent leur image et les jeunes diplômés grincent des dents

Sourire et bonne humeur, l’ambiance se voulait plutôt rassurante au forum de rencontre entre employeurs et étudiants Uni-emploi, organisé du 2 au 12 mars dernier par l’université de Genève. La situation du marché du travail est un peu tendue, mais sur les stands, l’optimisme semble régner. « On embauche toujours », assurent les représentants de plusieurs grandes entreprises. Pourtant, la sérénité affichée par les services de ressources humaines ne trouve pas son équivalent chez les étudiants.

Malgré tout, d’un côté comme de l’autre, on souligne l’importance de ce genre d’événement. Il offre aux jeunes un premier contact avec de potentiels employeurs. Il leur permet de poser leurs questions et de connaître de nouvelles sociétés. Comme le relève Rosafa, étudiante à l’université de Genève, les possibilités de stage ne manquent pas, « mais on ne trouve pas de boulot ».

« Internship », « graduate training program », « career start », beaucoup de grandes entreprises proposent des plans de carrière ou des stages rémunérés assez attrayants. Un programme de formation payé par l’entreprise ainsi que la découverte des divers services de leur boîte font parti des offres alléchantes que détaillent à l’envi les responsables de ressources humaines (RH). Pourtant selon deux étudiantes en HEC (Haute école de commerce) rencontrées dans les couloirs de l’Uni-mail de Genève, il n’est même pas si évident de trouver ne serait-ce qu’un stage dans le secteur bancaire ou commercial.

La représentante d’une grande multinationale reconnaît bien que, depuis le début de la crise, « le nombre de poste à pourvoir a chuté de 50% ». La période n’est pas propice. Etudiante en psycho, Jessica espère qu’à la fin de son master la situation se sera stabilisée.

Côté ONG, les possibilités de stage sont bien plus nombreuses. Mais contrairement à ceux que proposent les entreprises « à but lucratif », ces stages-là ne sont souvent pas rémunérés. Pour ceux que cela refroidit, ces organisations proposent parfois d’utiliser certains programmes du chômage qui leur permettent de bénéficier de stagiaires payés par l’Etat. Le programme Syni de la Ville de Lausanne connaît dans ce domaine un certain succès.

Et comme la crise n’épargne pas les ONG, les salons d’étudiant sont une belle aubaine. Sur le stand de l’une d’entre elles, on se félicite que ce genre de rencontre « débouche sur des stages ou du bénévolat ». Les étudiants voient pourtant d’un très mauvais œil ces « boulots bénévoles ». Nombre d’entre eux promettent de ne jamais s’y laisser prendre. Il est certain que si personne n’acceptait ces offres, elles disparaîtraient. Pas sûr, par contre, que les ONG  auraient les moyens de s’offrir de vrais salariés pour remplir le travail effectué auparavant par les stagiaires. Quoi qu’il en soit, de nombreux jeunes diplômés qui veulent tenter leur chance dans les domaines de la défense des droits de l’homme ou du développement, acceptent toujours.

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Elsa (voir sa page)


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Mar 28

Stage obligatoire, s’il vous plaît !

COMMENTAIRE

Les études, c’est bien beau ! Mais encore faut-il pouvoir en sortir… Quelles opportunités s’offrent aux jeunes diplômés ? Quelles portes leur sont ouvertes pour intégrer le monde du travail ? La réponse est quasi-unanime : les stages. Rémunéré ou non, stage « photocopie » ou vraie formation, antichambre d’un poste ou simple parenthèse, quel que soit le type d’entreprise, c’est souvent un passage obligé.

Ce système soulève pourtant de nombreuses interrogations. En effet, dans les salons de rencontre entre jeunes diplômés et entreprises, les représentants du monde du travail poussent souvent les étudiants à entreprendre un stage, leur suggérant parfois que les personnes embauchées dans leur service sont presque toutes passées par là. Oui, mais si cela ne marche pas ? Si le stage ne se solde pas par une embauche ? Faut-il alors faire un stage pour chaque CV envoyé ? Le stage  est-t-il en passe de devenir un acte de candidature ?

La période post-stage n’est pas toujours rose. Plus on s’investit pour convaincre nos « employeurs » de nous garder, plus l’annonce de la fin de l’aventure peut s’avérer difficile. Après s’être « donné à fond » pendant trois à six mois, gratuitement ou pour un salaire de misère 1, il n’est pas si évident de trouver l’énergie et la motivation pour tenter impressionner un autre employeur potentiel.

Pas question ici de prétendre que, tout droit sortis de l’université, les jeunes diplômés méritent un salaire de ministre ou une place garantie à vie, mais ne serait-il pas normal qu’après plusieurs années d’études supérieures et alors qu’ils ont déjà près de 25 ans, ils puissent recevoir de quoi vivre ? Ce mode de sélection à travers des stages est discriminatoire, tout le monde ne pouvant pas se permettre de travailler six mois pour presque rien.

Le minimum, dans tout les cas, serait de pouvoir offrir une rémunération symbolique pour les stages qui s’étalent sur plusieurs mois. Et même là, beaucoup de chemin reste à faire. De nombreuses ONG ou organisations internationales ne versent absolument rien à leurs stagiaires. Pourtant, l’ONU, pour ne citer qu’un exemple, aurait bien les moyens de verser ne serait-ce que 500 CHF par mois à tous ceux qui travaillent pour elle. Pour une organisation qui défend les droit de l’homme, ce type de pratique est on ne peut plus critiquable. Le bénévolat est une activité louable, mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Ces stages en organisations internationales ou non gouvernementales s’étalent souvent sur 3 à 6 mois, à plein temps.

Au sein de certaines ONG, le stage non payé est presque devenu une institution. Le programme Syni de la Ville de Lausanne propose, par exemple, de fournir aux ONG des jeunes diplômés, payés par le chômage. A Genève, des opportunités de ce type existent dans le cadre d’emplois temporaires financés par l’Etat. Mais les critères d’attribution semblent un peu plus stricts que chez Syni. Ce processus tout à fait légal permet aux ONG d’étendre leurs activités sans pour autant devoir embaucher. La plupart des jeunes qui s’engagent ainsi espèrent pourtant pouvoir bénéficier d’un poste  à leur sortie.

Salaire, sécurité de l’emploi, niveau de formation proposé, ne serait-il pas temps de légiférer afin d’offrir aux stagiaires un statut décent ?

1 Pour un stage à temps plein dans une grande entreprise de distribution, le salaire mensuel versé est de 1800 CHF à 2000 CHF, soit 11,25 CHF à 12,50 CHF de l’heure.

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Elsa (voir sa page) et Cristiana (voir sa page)


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Feb 11

Un reportage multimédia  à la rencontre d’un commerçant sri-lankais à Genève.
Elsa (voir sa page) et Martin (voir sa page)

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Les petits commerces de la diversité

Des enseignes en hindi, en arabe, en chinois, des étals énigmatiques pour les novices, les commerces étrangers font aujourd’hui partie du paysage urbain, en Suisse comme ailleurs. Avec ce premier dossier thématique de Kaléi, le ton est donc donné. Il sera résolument multicolore, multiforme mais pas béat pour autant. Car au-delà des parfums épicés et des devantures bariolées qui happent les passants, les commerces ethniques sont une réalité bien complexe.

L’exotisme, attirant pour certains et gênant pour quelques autres, des boutiques étrangères se résume trop souvent au cliché du petit épicier marocain ou turc dont la boutique ne ferme jamais vraiment ses portes. Mais les commerces tenus par des personnes d’origine étrangère ne se résument pas à cela. Les détaillants de thé asiatiques, les salons de coiffure africains, ou même les pubs irlandais sont autant de leurs formes.
Le commerce ethnique n’est d’ailleurs lui-même que la pointe de l’iceberg. L’entreprenariat étranger englobe tous les secteurs d’activités de l’économie, de la construction aux services informatiques. Les boutiques étrangères n’en sont que la façade. Mais une façade qui parfois effraie en ces temps de ballottement économique.
Pourtant, comme l’expliquent Etienne Piguet et Roger Besson dans une étude publiée par l’Office fédéral de la statistique en 2005 (1), l’entreprenariat étranger est une force dynamique. Le nombre de travailleurs indépendants est relativement moins important chez les immigrés que chez leurs homologues suisses, mais il augmente plus vite. Le mythe du migrant voleur d’emploi s’effrite. Les étrangers n’absorbent pas l’entreprenariat helvétique mais contribuent au contraire à sa croissance.
D’ailleurs, les facteurs qui expliquent le passage du travail salarié à l’indépendance sont semblables pour les étrangers et les Suisses. L’âge, la formation, le sexe jouent un rôle dans ce domaine. Il n’y aurait donc pas tant de différence entre les entrepreneurs locaux et immigrés ?

Comme le souligne E. Piguet, la tendance générale est bien à la convergence des profils. Mais pour autant, il ne faudrait pas négliger les spécificités propres à l’entreprenariat ethnique (2). Il n’est pas rare que certaines communautés se spécialisent dans un secteur particulier dans leur pays d’accueil. C’est notamment le cas pour les entreprises de textile coréennes aux Etats-Unis,  les commerces turcs en Allemagne (3). En Suisse, ce phénomène reste marginal. Les étrangers font aussi parfois face à une plus grande fermeture du marché du travail. L’entreprenariat est ainsi une alternative à un chômage prolongé (4). Pour autant, ces spécificités ne sont en rien culturelles. Elles dépendent bien plus de facteurs environnementaux, comme la politique migratoire du pays d’accueil, les causes de la migration, etc.
Mais il est une autre spécificité de l’entreprenariat étranger à ne pas occulter. Les commerçants immigrés sont autant de fenêtres sur l’autre et sa culture. L’épicerie du coin est souvent un lieu d’échange et de mixité par excellence où se mêlent les influences d’ici et d’ailleurs. Si l’accès à un emploi en tant qu’indépendant fait partie du processus d’intégration des immigrants, leur travail est aussi un facteur d’ouverture pour les populations autochtones.

(1) Piguet, E. and Besson, R. 2005: L’emploi indépendant des personnes issues de la migration en Suisse en 2000. In Haug, W. and Wanner, P., editors, Migrants et marché du travail en Suisse. Compétences et insertion professionnelle des personnes d’origine étrangère, Neuchâtel: Office fédéral de la statistique, 111-147
(2) Piguet, E. 2004 : Les migrants entrepreneurs : entre success story et stratégie de survie. In La mobilité internationale des compétences : situations récentes, approches nouvelles, Paris : L’Harmattan, 105-113
(3) Piguet, E. 1999: Les migrations créatrices, Paris: L’Harmattan, 393-399
(4) Voir notre reportage sur l’épicerie sri-lankaise Elephant Bazar.

Elsa (voir sa page)

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